RUA cocktails 

ou  

la petite histoire

 

Maurice Faglin nous raconte les mémorables "troisièmes mi-temps" 

et les soirées festives autour de la piscine

 

 ...le RUA cela n'était pas seulement une section de football. 

Le basket, l'athlétisme, l'aviron, la natation, le hockey, le water-polo, l'escrime, le tennis, plus tard le ping-pong, le base-ball, l'hippisme, le judo, le handball, le volley-ball, la culture physique, la danse occupaient ou occupèrent des places de premier choix dans les diverses compétitions nord africaines. Il y avait en outre notre journal le "RUA", notre bonne feuille violette dont les "RUA cocktails", c'est-à-dire le coin des ragots étaient lus avec délectation. De prestigieuses plumes y collaboraient · Albert CAMUS Emmanuel ROBLES, Edmond BRUA, rédacteur en chef, Jean BRUNE et notre délicieux Robert FAUGERE, notre très cher et précieux "Bobette", poète, chansonnier dont les fables pastiches nous réjouissaient. Car au RUA les succès comme les défaites étaient chantés. Ainsi au temps des barrages, quand l'U.S. Fort de l'Eau était notre adversaire, le texte suivant avait été écrit :

"Fort de l'Eau l'Eau, Fort de l'Eau, morne plaine

Par tous les vents battus et proche de la mer

Qui vit évoluer un RUA hors d'haleine".

Il y avait des refrains coquins (parfois) ou cocasses (souvent) : la chanson du RUA, qui nous faisait aller à la morgue, Suzon qui était boniche, Charlotte qui avait le "truc" malpropre, la rue de Bréda, le cordonnier Pamphile, le "Ouardi Ouarda" célébré à genoux, tels étaient quelques uns des morceaux choisis de notre répertoire.

René ROSELLO et son compère VIDAL jouaient les violonistes manchots, André MEDAN, prestigieux apôtre du sport universitaire, rugbyman de talent, animait des soirées inoubliables dont certaines se terminaient dans les cuisines des établissements huppés. Car il fallait bien, faute de pouvoir régler des additions salées, s'astreindre aux travaux de plonge et de vaisselle. Le TERMINUS ou l'HOTEL ALETTI étaient des cadres privilégiés de ces agapes nocturnes jusqu'à ce que la section de rugby s'installât au bord de la mer du côté de la Pointe Pescade.

Chaque dimanche, après les rencontres, nos rugbymen, souvent rejoints par ceux qu'ils appelaient les "manchots", c'est-à-dire les footballeurs, reconstituaient leurs forces au cours de parties mémorables. Ce lieu de détente avait été baptisé Ie "Castel de la Pina Dura" (traduction interdite).

Il y avait enfin les rencontres de la Maison des Etudiants ou le RUA occupait une bonne partie des 2 derniers étages. Chaque soir, de 18 à 20 heures, les ruaïstes de diverses sections s'y retrouvaient. II y eut un soir le combat du siècle, mi boxe, mi pancrace, opposant "David " Médan à "Goliath" Rosello, le premier ayant d'abord donné une gifle au second qui répliqua par une prise à bras le corps qui semblait décisive et qu'un témoin, René VIDAL en l'occurrence, fit avorter en mordant "l'étreignant" à la fesse, s'éloignant ensuite en courant ce qui était de la plus élémentaire prudence. Certains lycéens se souviendront peut-être du diagnostic moqueur de Pierre DUMAS, docteur en médecine comme l'on sait, qui, examinant les chevilles endolories de EL MEHDAOUI, AVOUSTIN et FAGLIN, particulièrement maltraitées au cours du dimanche précédent dit à leur entraîneur : "les chevilles, ça va. Il faudra soigner les chaussettes". Evidemment si l'entourage s'esclaffa, nos potaches n'apprécièrent pas beaucoup. D'autant plus que la secrétaire de l' époque, assez mignonne, dont ils étaient tous plus ou moins amoureux, participait à l'hilarité générale. Et les coups de téléphone donnés aux épiciers mozabites du quartier leur demandant de livrer d'énormes quantités d'épicerie à des gens dont les noms avaient été relevés dans les annuaires téléphoniques qui habitaient bien entendu dans le voisinage !

Cet esprit typiquement ruaïste procédait évidemment du folklore étudiant ! II y avait d'autres traditions. Ainsi le bizuthage des nouveaux venus. Chacun d'eux "subissait" - le terme n'est pas trop fort - le baptême d'intronisation, nous avons failli écrire 'introduction". Cela commençait par le badigeon des parties nobles au mercurochrome, continuait par le lavement au dentifrice, se terminait par le tape-cul traditionnel. Ces baptêmes étaient souvent célébrés au retour des déplacements effectués en car. C'est ainsi qu'un après-midi, revenant de Blida, le car des juniors fut arrêté à Birmandrès, par les gendarmes. Que s'était-il passé ? Deux de nos plus turbulents juniors, dont nous tairons les noms, excités par l'ambiance du retour s'étaient portés à l'arrière du car et, s'étant déculottés, exposaient par la vitre arrière, les parties très intimes de leur anatomie. Un automobiliste qui suivait le car, accompagné de son épouse et de sa toute jeune fille, put ainsi admirer tout à loisir le principal et l'accessoire. Ayant enfin réussi à doubler le car, il s'empressa d'alerter la maréchaussée. II s'agissait d'un monsieur bien sous tous les rapports qui, fort heureusement, était le père d'un fidèle supporter du RUA, et qui, apprenant la qualité des 2 nudistes et de leurs compagnons, retira sa plainte.

Cet exploit fut renouvelé quelques années plus tard par 2 autres ruaïstes du côté de Guyotville. Et là, tant pis pour l'un d'eux, nous allons "dévoiler" (tiens, tiens) son identité. Ce jeune homme, en effet, sans doute "lucarnophile", est aujourd'hui réalisateur de télévision. Nous pouvons vous dire que le spectacle de la petite lucarne parisienne est plus agréable que ne l'était l'autre. Vous avez deviné : ce junior du RUA, c'est Christian GOMILA, et les témoins de l'époque assurent que c'était plutôt... "CANAL...MOINS".

Au cours d'un autre retour, de l'équipe première cette fois, Omar CHERIF, étudiant en médecine (cela a son importance), déballa 2 magnifiques sandwichs et se mit à mordre avec appétit dans l'un d'eux. Près de lui, FAGLIN, dont le repas jockey était depuis longtemps digéré, lui demanda de lui offrir le second sandwich. Après s'être fait quelque peu prié, Omar le lui tendit . Au moment de mordre dans le pain, FAGLIN sentit comme un ange passer. Il ouvrit le sandwich : horreur ! le jambon avait été remplacé par une "quiquette" de macchabée, formolée, minuscule, que notre futur toubib s'était procurée à l'hôpital, peut être même à la "morgue où il y avait des noyés."

Edgard CEPI, autre étudiant en médecine, avait pour habitude de se procurer des morceaux de macchabée qu'il jetait dans le magasin d'électroménager de PLASSARD et COMPAN situé dans le haut de la rue Michelet quartier très bourgeois, au grand effroi des clients et des propriétaires de la boutique, dirigeants éminents du RUA football.

Mais nous pensons que le plus beau canular - âmes sensibles sautez le paragraphe - avait été réalisé à Orléansville. En 1946/1947. La rencontre terminée, il fallait attendre minuit pour reprendre l'autorail spécial prévu pour le retour. Après le repas, pris à l'hôtel Baudouin, joueurs et dirigeants se détendaient dans les salons et au bar. Il y avait là l'équipe des juniors qui, pendant que leurs aînés donnaient un récital et chantaient les cantiques du RUA, se rapprochaient du bar et buvaient "cul-sec" les pousse-cafés des équipiers premiers. Ceux-ci, une fois bernés, remplacèrent très discrètement le breuvage par... (voyons vous avez deviné), et retournèrent à leurs chansons. Et ce qui devait arriver arriva : le cul-sec fut régurgité aussi sec. Oui il faut l'avouer, c'était dégueulasse. Mais savez vous que la médecine des temps anciens utilisait l'urine pour de nombreux traitements ? Nous avons revu depuis ces jeunes gens, ils sont en parfaite santé.

Les plus anciens se souviendront c'était au début des années 30, de l'équipe d Hussein Dey, oui l'O.H.D., qui devant recevoir le RUA, et préférant jouer sur un petit terrain, avait raccourci les dimensions de ce dernier, ce que fit constater, par avion, Monsieur CHAMPAULT. Mais au cours de la nuit suivant le match, les Hussein Déens déplacèrent toute une haie de roseaux et rétablirent les largeur et longueur réglementaires. Au cours de ce même match, le Président MILLOT, doyen de la Faculté de Droit, avait tenu à assister à la rencontre. "Attention, lui dit Paul de ROCCA SERRA, il y a souvent de la bagarre avec eux". Le match terminé, sans incident, Monsieur MILLOT lui dit "Vous voyez bien que tout est tranquille". Exactement au même moment, une énorme motte de terre arrivait sur son chapeau, le faisant voler à dix mètres. "Je vois bien, Monsieur le Doyen".

Une rencontre de rugby, RASA-RUA connut un incident peu banal. Au cours d'une mêlée, l'immense MOLINIÉ du RASA, se tenant le bas ventre, hurlait : "Qui est l'enfoiré qui m'a mordu les c... ?". C'était le tout petit talonneur du RUA, GELY, on l'a su bien après. La section de rugby était l'une des plus turbulentes. Avec André MEDAN au pupitre, il ne pouvait en être autrement. Qui ne se souvient notamment d'une fameuse soirée organisée à la piscine au début des années 50 ? C'était la rentrée scolaire ou universitaire. André en frac, était là et les retrouvailles avaient déjà été bien arrosées. Il aperçut tout à coup quelques unes de ses ouailles, dont LEMIERE, en smoking, de l'autre côté de la piscine, et l'on vit tout à coup tous ces jeunes gens aller à la rencontre les uns des autres par le plus court chemin, c'est à dire en se jetant à l'eau, pour se congratuler au milieu du bassin.

II y eut aussi le cinquantenaire d'André, fêté à la piscine. André, en grande tenue, recevait ses invités. Ce fut une réussite. Ayant contrôlé sa date de naissance, nous nous aperçûmes qu'il lui manquait une ou deux années. Le compte n'était pas bon. "Tu comprends; nous dit-il, c'est v rai, iI manque un an, mais l'an prochain c'est l'argent qui manquera. Etant un peu moins fauché que d'habitude j'ai préféré avancer l'événement."

En 1949 en événement important survenait : la construction du club nautique. Grâce à Monsieur GILLET, Vice-Président du RUA, Directeur de la Chambre de Commerce d'Alger, qui fit attribuer à notre club l'emplacement dit de la "Petite Darse du Fort du Coude", une piscine alimentée à l'eau de mer, un local abritant les embarcations de la section d'aviron, une brasserie furent construits. Ainsi, nos. deux sections de natation et d'aviron se trouvaient confortablement installées et un lieu de rencontre pour les athlètes de toutes sections et les membres du club nautique était enfin trouvé. Des fêtes étaient organisées, et chaque année aux environs du 14 juillet, le gala du RUA connaissait un succès éclatant. Des compétitions de natation, locales, nationales ou internationales virent défiler des champions de toutes nations, souvent de grande valeur. C'est ainsi que Gilbert BOZON y battit le record du monde du 200 mètres dos. Et surtout ! surtout ! des soirées mémorables, rapidement organisées, permettaient, après les compétitions de fêter, le plus souvent, les victoires et d'oublier, quelquefois, dans les rires et les chansons, les défaites.

René ROSELLO dirigeait, bénévolement, ce club et veillait à la bonne tenue des sociétaires. Club privé, il permettait une rentrée appréciable d'argent grâce aux cotisations de ses membres. Les athlètes des différentes sections bénéficiaient évidemment de tarifs préférentiels. Des tournois de volley-ball, des courses de natation ou des rencontres de water-polo étaient organisés qui voyaient des équipes s'affronter, composées de champions, de jeunes, de vétérans, de jeunes filles ou jeunes femmes. Cela créait une ambiance folle. Les anciens du volley notamment se livraient à des luttes acharnées, se lançaient des défis, se provoquaient à travers le filet avec de la hargne (un peu), et de l'humour (beaucoup). Chaque partie, chaque course étaient suivies par tous les baigneurs abandonnant un instant leurs bains de mer ou de soleil.

Malheur à qui, membre du club ou athlète du RUA, avait oublier de régler sa cotisation. Deux chasseurs de prime redoutables, impitoyables, intervenaient alors : Félix POIZAT et René ROSELLO. Ils avaient le chic pour interpeller le contrevenant au moment le plus inattendu, et le plus gênant par exemple lorsque ce dernier, en galante compagnie, s'essayait à la séduction.

 

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RUA Circus du 16 Juillet 1954

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Programme du RUA Circus (coté pile et coté face)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Caricature de Missou

 

 

 

 

 

Ces documents nous ont été confiés par Maurice

 

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