Un après-midi ordinaire
Par Denis Perchenet

en 1961
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Alger, mai 61, vendredi,13h45, place Hoche, j’attends Jean-Mi (Jean-Michel Conte), assis sur le rond en pierre de la place Hoche. " Kadour " tape sec, il fait très chaud. La ville semble écrasée dans une sorte de torpeur silencieuse. Seuls quelques élèves se dirigent vers le lycée. Je suis parti de chez moi, au 30 de la rue Denfert-Rochereau, pour aller à Gautier où mes études secondaires me poursuivent depuis la 6ième. Le bac est pour bientôt. Jean-Mi arrive et s’assied lentement à coté de moi. La chaleur. On a dix minutes avant de descendre vers Gautier. Silence, " On y va ou pas ? ", nous nous regardons, " Bon ,me dit-il, si on allait d’abord se taper un double créponné ? ". Sans un mot de plus, nous nous levons et remontons à pas comptés vers le marchand de glaces de la rue Auber. Nous voilà avec nos quatre boules de glace chacun. Sur le chemin, nous rencontrons Goofy (Jean Faner), qui arrive de la rue Meissonnier. On n'a plus trop le temps. Nous redescendons la rue Hoche. Nouvel arrêt sur la place. De loin, après la boulangerie où l’on se régale de cocas tous les matins, on aperçoit William, le marchand de bliblis et de cacahuètes, qui se tient juste avant l’entrée du Lycée. Toujours là et aussi sympa, malgré les avatars que lui font parfois subir les élèves en renversant son plateau. Toujours aussi chaud. " Bon, dis-je, on tape " caos " ? ". " Tape cinq, fils " me répond Jean-Mi. Nous ouvrons nos sacs, et comme de vieux habitués, nous écrivons, dans un temps record, les mots d’excuse que nous remettrons à " Moustache ", notre préposé au relevé des absences, qui ne sera pas dupe mais sera en règle vis à vis de Salini, notre incontournable censeur. Direction le RUA. Le soleil tape de plus en plus fort. Nous nous levons et redescendons lentement par la rue Denfert-Rochereau. Le goudron, amolli par la chaleur, colle à nos " Spring-Courts ", et les Lacostes à la peau. Pour le reste, on est toujours prêts : dans les sacs, ou déjà sous les Wranglers, nos maillots Alban Minville, recouverts pour certains de cuissettes en vichy (c’est la mode..). Je me planque un peu en passant devant chez moi, juste en face de Saint-Charles. Au Français, on joue " moderato cantabile ", nous irons le voir un peu plus tard. Dix minutes après, nous passons les grilles du port, et nous arrivons bientôt devant la barque de Négro qui va nous conduire de l’autre coté. Un petit groupe, dont deux jeunes femmes, attend déjà. Nous montons dans la barque, Négro nous fait un clin d’œil en nous indiquant du regard les jambes bronzées d’une des jeunes femmes. Il fait meilleur; la brise de la mer nous fait oublier le " cagna ". On arrive. Merde ! tonton Rosello est là avec son grand galurin, et Missou n’est pas loin : il va falloir sortir nos cartes. C’est fait ; nous contournons la piscine, où Yul est déjà là, sur le plongeoir, en train de faire le beau. Le vestiaire est toujours aussi humide. Nous ressortons de là en maillot, et nous dirigeons vers les blocs, en laissant le bar sur notre droite. Le terrain de volley est occupé et comme toujours, le Colonel Duranton, bronzé à souhait, laisse entrevoir ses attributs, qu’il estime généreux, à chaque fois qu’il tente un smash. Nomico et Rodineau, des vrais pros du volley, jouent avec lui. Nous traversons le terrain, et montons à l’échelle en fer pour aller sur les blocs. Ils sont tous là ! : Christian (Navarro), Jean-Pierre (Reinhardt), Gérard (Mouillot), Ralph (Navarro aussi, mais sans lien familial), Serge (Simon),et même notre Bubu (Georges Busson). Et puis, les filles : " Tahiti ", Hélène Moha, les sœurs Montiel (Aline et Eglantine), Colette Cristofini, Dany Bénéjean, Nicole Roig (la fille de l’entraîneur), Annie Bouveret, et toutes les autres. Encore une bonne après-midi en perspective ; on va pouvoir organiser une " bouffa " pour le lendemain, à l’Alligator, chez Yves ( Berthet). Tiens ! Il est où, celui-là ? pas encore arrivé, c’est vrai qu’il vient du Champ de Manœuvres. Pas de " stroungas " depuis deux jours. On dirait que ça se calme un peu. Sûrement pas pour longtemps. La semaine prochaine, c’est la fête du RUA. Johnny Halliday devait venir, mais il s’est désisté. Manque de courage ? Il sera remplacé par un illustre inconnu : Rocky Volcano (ce sera une soirée homérique, avec un Roger Soirat déchaîné, ..). On se tape un Orangina et on se baque derrière les blocs. Il fait beau, il fait bon, la mer est superbe, les filles sont belles, on est bien ensemble. On est à Alger. C’était hier, un après-midi ordinaire. |
Que ne ferait on pas pour attirer le regard des filles ! Georges semble bien se demander si le jeu en vaut " la chandelle ", d' autant plus que le toit du restaurant est un peu moins souple que le sable de Moretti. A noter que nos deux comparses de gauche craignaient les perfides rayons du soleil. Que sont devenus les ventres plats et les "tablettes de chocolat" de ces messieurs ? Cliquer sur la photo pour l'agrandir
Il ne s'agit pas d'une scène du tournage d'"une chatte sur un toit brûlant" (en l'occurrence celui du RUA), mais constatons qu'au petit jeu de la séduction, elles savaient y faire.... en tout bien tout honneur, comme toujours Cliquer sur la photo pour l'agrandir
La fine équipe pose sur le terrain de volley. Denis, avec son bob, Christian Navarro, Raphaèl Navarro qui a du mal à monter sur le plan incliné, Yves Berthet, Georges Busson, Gérard Mouillot et, toujours théatral, Serge Simon. Manquent sur la photo: Jean Michel Conte et Jean Pierre Reynard Cliquer sur la photo pour l'agrandir
Denis a un petit penchant pour ce petit rosé d' Algérie. Mais, attention, sur la terrasse il montait vite à la tête et pour trouver un petit coin d' ombre pour la sieste, ce n' était pas gagné. Alors, on ira sur les blocs, léchés par les vagues... Cliquer sur les photos pour les agrandir |